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SERVIR WITTENHEIM SERVIR LA LIBERTE !!

Mais ou est donc passé la valeur travail ?

La France compte à nouveau plus de 2 millions de chômeurs. Ce chiffre ne fait plus l'événement. C'est pourtant un fait économique et politique majeur. Et cela confirme que depuis la fin du printemps, et donc avant même le tsunami boursier de septembre, l'économie française détruit des emplois.

Cela confirme aussi ce que disent depuis des années les modèles économétriques, à commencer par ceux de la Direction de la prévision à Bercy : en dessous de 1 à 1,5 % de croissance annuelle, la France crée des chômeurs. Parce que les entreprises françaises ne sont pas assez compétitives et que le salaire minimum est trop élevé. Si bien qu'en période de disette, n'en déplaise à Xavier Bertrand, l'emploi reste, hélas, la principale variable d'ajustement mise à la disposition des entrepreneurs pour se maintenir au-dessus de la ligne de flottaison.

Il faut prendre son parti de la dégradation de l'emploi, car celle-ci commence à peine. Les plans sociaux se dessinent jour après jour, afin d'être rendus publics après le 1er janvier. Et ce ne sont pas les «mesurettes» construites autour des emplois aidés ou des contrats de transition professionnelle qui vont apporter une solution à cette préoccupation numéro un des Français. C'est pour cette raison que Nicolas Sarkozy devrait annoncer jeudi un énième grand plan de relance de l'économie française.

Dans cet environnement où l'emploi redevient un bien précieux, jamais la valeur travail n'a été aussi attaquée. Qu'on ose évoquer la possibilité de travailler le dimanche et des dizaines de groupes de pression s'insurgent. Que l'on facilite le travail des seniors et l'on assiste à une levée de boucliers. Que l'on lance le sujet du travail jusqu'à 70 ans et l'on se fait traiter d'esclavagiste. Les Français sont schizophrènes, comme l'a très bien démontré l'universitaire américain Ezra Suleiman. Ils tiennent à leur emploi, et même à leur entreprise, où ils restent en moyenne douze ans, mais ils considèrent toujours le travail comme un asservissement. Cette exception française n'est pas une surprise compte tenu du travail de sape mené pendant des années par une gauche, élevée au lait de philosophes comme Marcuse ou Bourdieu, qui voyaient le travail comme un moyen d'exploitation alors qu'il est épanouissement, force d'ascension sociale, et instrument de réalisation personnelle.

Pour s'en convaincre il faut bien lire, dans Le Figaro du samedi 29 novembre, comment des candidats volontaires à des émissions jeux de télé-réalité ont décidé quelques années après avoir participé avec un enthousiasme non feint à ces nouveaux jeux de l'amour et du hasard sous les cocotiers, qu'il s'agissait finalement d'un travail, et qu'ils devaient être rémunérés 400.000 euros, soit vingt-cinq années de smic, pour avoir passé douze jours au soleil.

L'homme n'est pas toujours de bonne foi. Ce n'est pas un mystère. Et beaucoup de procédures judiciaires sont là pour en témoigner. Le problème ne réside pas tellement dans les demandes inconsidérées, voire vulgaires, de ces pseudo-vedettes de la téléréalité. Le problème, c'est que des juges, en principe qualifiés, comme ceux de la cour d'appel de Paris, aient décidé de leur donner raison. On savait que la justice ne connaissait pas grand-chose du monde de l'entreprise. Mais on ignorait jusque-là qu'elle puisse être à ce point imperméable à la notion de travail. Considérer comme recevables les demandes de ces malheureux plaignants qui estiment mériter un salaire de star quand des comédiens professionnels suent sang et eau, c'est vouloir tuer dans l'œuf un nouveau mode de divertissement audiovisuel. Reconnaître le bon droit de cette troupe de bronzés, alors que le salaire moyen en France s'établit à 1 900 euros par mois relève et de l'indécence et de l'incompétence. Surtout, considérer que jouer à mettre sa fidélité à l'épreuve de la séduction d'éphèbes, c'est travailler, alors c'est, de la part de la justice, faire injure à la valeur travail.

Ce sujet peut-être considéré comme anecdotique. Il témoigne en fait de l'état de désagrégation des valeurs d'une société. Bien sûr, il reste encore à la Cour de cassation la possibilité de montrer qu'au moment où plus de 2 millions de personnes aimeraient avoir un travail, le fait de passer tous frais payés douze jours dans un paradis terrestre ne peut être considéré comme un travail. Que cette seule demande constitue une insulte à tous ceux qui, quarante ans durant, exécutent des tâches pénibles dans le seul but de faire vivre dignement leur famille. Enfin qu'au moment où, à la Bourse des vraies valeurs, le travail, l'accomplissement de soi, le mérite et la famille voient leur cote remonter après les années bling-bling, les juges en hermine seraient bien inspirés de réaliser qu'en donnant raison à cette poignée de plaignants ils iraient à l'encontre de l'opinion. Une opinion qui redécouvre l'importance de la valeur travail, après dix années où celle-ci a été massacrée dans le sillage des 35 heures. Elle serait enfin avisée de reconnaître que, par les temps qui courent, le contrat de travail a plus de valeur qu'un aller-retour en avion sous le soleil des tropiques. Cette une question d'économie, bien sûr. C'est un fait de société également. C'est surtout un problème moral. Une affaire d'équité.

 

Chronique d'Yves KERDREL

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