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SERVIR WITTENHEIM SERVIR LA LIBERTE !!

Bayrou , le tourment du PS

L'éditorial de Paul-Henri du Limbert du 4 mai.

Il y a des jours, on se dit que les socialistes ont enfin trouvé leur chef. C'est François Bayrou. Mais il n'est pas socialiste. C'est dommage pour eux et c'est dommage pour lui. C'est dommage pour eux parce que sa voix porte plus que celles de Ségolène Royal et de Martine Aubry réunies ; c'est dommage pour lui parce que, jusqu'à preuve du contraire, la conquête du pouvoir sous la Ve République requiert d'avoir un parti derrière soi.

François Bayrou se moque de ces considérations. Il a un modèle, qui fut d'ailleurs chef du PS. C'est François Mitterrand, revenu de tout, ayant arpenté le désert et sa solitude, élu président à la troisième tentative, aimant l'équivoque et l'ambiguïté, se présentant comme un homme de gauche alors qu'il était à l'origine un homme de droite, mêlant les genres, osant tout, ne doutant de rien, et surtout pas de lui-même. D'ailleurs, il suffirait de placer un chapeau sur le crâne de François Bayrou pour que la ressemblance saute aux yeux. L'un était charentais, l'autre est béarnais. Tous deux français jusqu'au bout des ongles, célébrant ce «cher pays de mon enfance», qui fut l'une des chansons fétiches des mitterrandistes lors de la présidentielle de 1988. Mais c'était avant le temps de la mondialisation, époque exceptionnellement compliquée que doit gérer aujourd'hui Nicolas Sarkozy.

Tout cela forme un cadre, une atmosphère, mais ne fait pas une politique. En publiant Abus de pouvoir, François Bayrou vole aux socialistes le titre de premier opposant de France. Maintenant qu'il a écrit son Coup d'État permanent, il ne faudra pas l'accuser de fainéantise ou de modération dans la critique du sarkozysme ! Si Ségolène Royal ou Martine Aubry veulent faire mieux, qu'elles s'y mettent tout de suite, il les attend au tournant ! Il leur faudra un peu plus forcer le trait, trouver des expressions un peu plus excessives, et parier que les Français suivront.

Or les Français ont bien compris qu'à gauche de l'UMP la course à l'obtention du brevet d'antisarkozysme en chef était lancée.

Mais s'ils savent bien ce qu'est l'antisarkozysme, le viscéral, l'élégant ou le circonstancié, ils ignorent toujours quelle serait la politique de substitution. Bayrou, c'est la dénonciation d'une politique, Royal aussi, Aubry aussi. Pour les uns et pour les autres, les problèmes commenceront lorsqu'il s'agira de proposer des solutions viables et acceptables par le plus grand nombre.

Or ce n'est pas gagné. Car, dans le grand traumatisme que la crise financière internationale fait vivre et va faire vivre à la France, on a peine à croire que François Bayrou, Ségolène Royal et Martine Aubry aient des politiques radicalement différentes à proposer - sauf à se décrédibiliser.

Les trois se soucient peu de cette réalité-là, puisqu'ils font de la politique. Mais ils ont rendez-vous. Aubry devra dire que Bayrou, c'est de l'antisarkozysme de pacotille, Bayrou devra dire qu'Aubry, c'est de l'antisarkozysme irresponsable. Quant à Royal, elle jouera de sa «différencitude». Tous, ils se détesteront. Bref, avant de poser des problèmes à Nicolas Sarkozy, François Bayrou pose d'abord des problèmes au Parti socialiste. Qui, à ce qu'on en dit, en a déjà assez comme ça.

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