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SERVIR WITTENHEIM SERVIR LA LIBERTE !!

Les défibrillateurs victimes de leurs succés

Plusieurs responsables dénoncent l'absence de politique de santé publique qui devrait accompagner l'installation de ces appareils dont le nombre a plusque doublé en six mois.

Stades, hypermarchés, gares, mairies, sites touristiques, sièges d'entreprises… Les installations de défibrillateurs externes se multiplient ces derniers mois en France, financées par des initiatives privées ou des collectivités publiques. A priori, c'est une excellente nouvelle pour les 40 000 personnes qui, chaque année, font une mort subite, et dont au moins 10 % pourraient être sauvées grâce à ces petits appareils, utilisables par tout citoyen depuis un décret de 2007 (lire l'encadré). Mais des spécialistes, dont ceux qui ont le plus œuvré pour faire rattraper à la France son retard sur le sujet, s'inquiètent de certaines incohérences. «Ça part dans tous les sens, regrette le Dr Patrick Goldstein (Lille), président de la Société française de médecine d'urgence. Il y a des bonnes volontés citoyennes, mais la coordination territoriale n'a pas été faite. J'entends par exemple parler de défibrillateurs dans des crèches, il n'y a pas de logique de santé publique.»

D'autres médecins confirment que certaines installations sont davantage motivées par des arguments politiques ou marketing que médicaux. «Le développement de ces appareils est un progrès considérable. Il ne faudrait cependant pas que l'engouement tourne à la gadgétisation, observe le Pr Pierre Carli, directeur du Samu de Paris. L'idée n'est pas seulement de promouvoir l'achat des défibrillateurs mais de les mettre aux bons endroits et de faire des efforts pour informer les gens autour»

Selon les sociétés savantes, leur présence s'impose surtout dans les lieux très fréquentés par le public ou fréquentés par des sujets à risque, de plus de 50 ans. Elle se justifie aussi dans les zones éloignées des secours : campagnes, avions… «Une réflexion est nécessaire pour équiper les grands ensembles et les lieux de vie des personnes âgées, car 75 % des arrêts cardiaques surviennent à domicile», ajoute Patrick Goldstein.

Autre problème, le manque de statistiques à jour sur le nombre de défibrillateurs et leur répartition sur le territoire. Selon la Direction générale de la santé, environ 2 000 sont installés en France, dont 620 dans les structures sportives. Pour le Snitem (Syndicat national de l'industrie des technologies médicales), qui agrège les données de la dizaine de fabricants, 15 470 défibrillateurs automatiques étaient en place fin 2008.

 

Vers des registres régionaux

 

«En l'absence de registre, on ne sait pas où ils sont, ni comment ils sont surveillés», s'alarme le Dr Jean-Pierre Rifler, chef du service des urgences de Montbard (Côte-d'Or), première commune française (6 500 habitants) à s'être équipée en 2005. «Si j'appelle un centre 15, il ne pourra pas me dire où est le défibrillateur le plus proche.» Or insiste-t-il, en matière d'arrêt cardiaque, chaque seconde compte : les chances de survie diminuent de 10 % par minute. «L'important, c'est surtout de répertorier les défibrillateurs “publics” et de vérifier que le service public assure une bonne couverture», estime le Pr Carli. Un amendement qui prévoit des registres régionaux (déposé par l'association RMC-BFM, qui s'investit dans ce combat) a été accepté par l'Assemblée nationale, dans le cadre de la loi sur l'hôpital. Il doit passer bientôt au Sénat.

Un registre des cas d'arrêts cardiaques survenus à proximité d'un défibrillateur devrait être bientôt opérationnel, assure le Pr Xavier Jouven, cardiologue à l'hôpital Pompidou (Paris). Il permettra d'évaluer leur impact sur le pronostic des morts subites. Pour l'heure, en France, la survie sans séquelle est de 3 %, alors qu'aux États-Unis, elle atteint 20 à 30 % dans les zones largement équipées en défibrillateurs.

Encore faut-il un minimum d'information et de formation des citoyens. Et c'est là aussi que le bât blesse. La sensibilisation des personnes qui travaillent à proximité des défibrillateurs serait loin d'être systématique. «Quand on installe un appareil, on doit réfléchir à qui y a accès en moins de deux minutes, insiste le Dr Goldstein. Dans les casinos de Las Vegas, la survie après arrêt cardiaque dépasse 60 % parce que tous ceux qui y travaillent ont été formés. Dans les gares, il faudrait par exemple sensibiliser les vendeurs de journaux et de sandwichs.» À la SNCF, où un programme d'équipement des gares est en cours, on confirme que seul le personnel de la compagnie est pour l'instant concerné par les formations.

Pour le Pr Jouven, il faut aller bien plus loin, en initiant toute la population aux premiers gestes. «Des formations rapides, en moins d'une heure, suffisent, mais on manque de formateurs. L'obligation légale de formation dans les collèges n'est même pas assurée», note-t-il. Une initiation à l'occasion de la journée d'appel à la défense est en discussion.

                                                                                                                Sandrine CABUT
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