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Patrick Pichenel

SERVIR WITTENHEIM

Le dopage à tous les niveaux

Dopage : le scandale sanitaire qui monte, qui monte...

Depuis 1980, les médecins s'alarment de la prise de substances dopantes par les sportifs amateurs. Le phénomène, dangereux pour la santé, s'aggrave.

PAR MARC LEPLONGEON
Les voyants sont au rouge. Le dopage, notamment chez les amateurs, pourrait se transformer en scandale sanitaire dans les prochaines années. Telles sont les conclusions qui s'imposent à la lecture des avertissements – nombreux – lancés ces derniers mois par les autorités en charge de lutter contre ce fléau. En décembre 2016, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) tire la sonnette d'alarme sur la consommation excessive de compléments alimentaires douteux, dont certains contiennent des produits interdits en France. Interrogé par Le Point, le pôle de santé publique du parquet de Paris note quant à lui une hausse significative, ces deux dernières années, des affaires ouvertes pour trafic d'anabolisants. De leur côté, les gendarmes de l'office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp), en pointe dans ce secteur, réclament des moyens techniques supplémentaires pour lutter contre ce qu'ils qualifient de véritables « réseaux mafieux ».

Dans un dossier spécial, Le Point vous propose une plongée dans le milieu du dopage qui touche désormais tout le monde, sportifs professionnels et amateurs, et qui fait craindre aux observateurs un futur scandale sanitaire. Le sujet a fait l'objet de très peu d'études épidémiologiques en France. Selon une enquête de la chaîne d'information en continu Sky News, plus d'un million de Britanniques utiliseraient des stéroïdes illégalement. Aux États-Unis, des millions d'Américains se font prescrire par leur médecin des hormones de croissance comme cure de jouvence, alors que de nombreux scientifiques et médecins attirent l'attention sur les risques, cardio-vasculaires notamment, d'une telle pratique.
« Banalisation du dopage »
D'après une étude publiée le 19 novembre 2012 dans la revue Pediatrics et reprise par le New York Times et Courrier International, 40 % de collégiens et lycéens américains affirment s'entraîner régulièrement dans le but d'augmenter leur masse musculaire. 38 % reconnaissent consommer des compléments alimentaires et près de 6 % admettent avoir essayé des substances anabolisantes.

Un phénomène qui, en France également, est en pleine expansion, malgré l'absence d'études épidémiologiques précises. La première trace dans la presse généraliste d'un décès attribué à une substance dopante ? La mort de Tom Simpson, le 13 juillet 1987, sur une étape du Tour de France. Le cycliste est foudroyé en pleine ascension du mont Ventoux, les poches pleines d'amphétamines.
Depuis, les scandales s'enchaînent, que ce soit dans le cyclisme, l'athlétisme ou les sports d'endurance. Mais c'est l'utilisation de substances dopantes dans le milieu du culturisme, ce qui inquiète particulièrement les autorités. « Tant qu'on est sur des Virenque ou des Armstrong, il y a une forme de distance. Il s'agit de pratiques réservées au sport de haut niveau. Ce sont des personnages d'exception avec des performances d'exception », explique le sociologue Patrick Trabal, directeur de recherche à l'université Paris-Nanterre, et à la tête d'une chaire Unesco antidopage créée en avril 2017.
« Là, on est sur quelque chose de plus continu, poursuit le chercheur. On a une petite bouée autour du ventre, on va dans une salle de sport pour la perdre. On progresse, on consomme des protéines et des compléments alimentaires pour prendre un peu de muscles et, peu à peu, il y a une sorte de glissement qui s'opère. Il y a des espèces de points de passage, comme le passage à la seringue. Il y a une forme de banalisation du dopage qui touche potentiellement beaucoup de gens. »
Régime aux stéroïdes

Dès 1984, Le Monde alerte sur l'utilisation d'anabolisants dans le milieu du culturisme. Intitulé « Les muscles aux hormones », l'article relate l'inquiétude de médecins suisses face à des agissements « aussi dangereux qu'irresponsables ». Phénomène sociétal, le fait que des hommes puissent ingérer des molécules à des fins purement esthétiques surprend. Le régime aux stéroïdes que les culturistes s'infligent pour gagner de la force, perdre de la masse graisseuse (« sécher », dans le jargon) dérégule leurs hormones. Il entraîne de nombreux effets secondaires (poussée des seins, perte de libido, atrophie des testicules, problèmes cardio-vasculaires, etc.) que les culturistes tentent de limiter en absorbant de nouvelles molécules. Provoquant ainsi des morts prématurées.

Le journal Sud Ouest, en 1989, s'intéresse au phénomène du dopage dans le culturisme.
Les raisons d'une telle cure sont multiples. En 1989, Jean-Claude, un culturiste de 35 ans, témoigne sous couvert d'anonymat dans le journal Sud Ouest : « Ce sport me permet d'aller au bout de moi-même, de mesurer ma progression, dit-il. Prendre un centimètre supplémentaire de tour de bras est aussi excitant pour un culturiste que gagner une seconde pour un coureur à pied. » L'homme confie avoir subi un effondrement hormonal dû à la pratique intensive et épuisante de la gonflette. La réponse ? Une cure d'anabolisants pour se remettre sur pied en deux mois.
Automédication
En 2007, Canal + diffuse un documentaire choc sur le dopage dans Jeudi Investigation. « Aujourd'hui, je préfère me doper, plutôt que de boire ou de fumer », lâche un homme un peu bedonnant devant la caméra. Avant d'assurer faire beaucoup moins que son âge et avoir une libido de jeune homme : « C'est pas moi qui le dis, c'est ma chérie », ajoute-t-il. Les idées reçues sont tenaces. « Ce qui se passe chez les amateurs est très grave », assure Jean-Pierre Verdy, ancien directeur des contrôles de l'Agence française de lutte contre le dopage (Afld), lors de son audition par le Sénat en 2015. Il précise : « Les produits utilisés sont les mêmes que chez les professionnels, mais ils le sont de manière anarchique et en quantité impressionnante. »

Le roi de la muscu, Rich Piana, quelques mois avant sa mort à l'âge de 46 ans.
Voici venu le règne de l'automédication, des conseils échangés dans les salles de sport sur le banc de musculation et sur des forums qui fleurissent sur Internet. Petit à petit, c'est un véritable mode de vie qui émerge, où se mêlent le culte de l'esthétique et celui de la performance. Au risque d'en payer le prix fort.

En août 2017, Rich Piana, le « Monsieur Muscle » américain, manifestation extrême de cette tendance qui veut qu'on cherche à vaincre sa propre génétique, meurt prématurément à l'âge de 46 ans. Le « demi-dieu » laisse derrière lui des millions de fans. Lui qui reconnaissait être « accro » aux drogues et à la musculation et ne pas supporter de se sentir « petit et plat ». Et qui avait eu cette sortie dans une de ses fameuses vidéos : « [Mon corps] est une décharge de déchets toxiques. »
Publié le 27/11/17 à 15h37 | Source lepoint.fr

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