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Patrick Pichenel

SERVIR WITTENHEIM

Enfin un article qui fait remonter la côte du Figaro

FIGAROVOX/TRIBUNE - Un président réformiste, des résultats économiques satisfaisants, une contestation sociale bien plus faible qu'escompté... Tout semble aller pour le mieux en Macronie. Mais les Arvernes redoutent que le président ne se contente de profiter d'une conjoncture favorable, sans mener à bien les réformes nécessaires.

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d'économistes, de chefs d'entreprise et de professeurs d'université.

Emmanuel Macron, durant son interview «en marchant» de décembre dernier, s'est montré satisfait: «les réformes» menées depuis juillet ont été bien menées et donneront des résultats «d'ici deux ans». Pour lui, les ordonnances sur le Code du travail et le budget 2018 vont infléchir la trajectoire économique du pays.

Disons-le tout net: le ton comme le fond de l'affirmation présidentielle nous sidèrent. Cette déclaration porte en elle, déjà, tous les travers de notre monarchie présidentielle. Elle confirme un éloignement d'avec le réel qui est le fil rouge de l'aventure En Marche. Elle marque, surtout, le retour à la pire des tentations: celle du discours lénifiant sur les «résultats» attendus qui masque en fait la languissante maladie dont souffre notre économie. La posture de Macron est bien celle de Hollande: il faut «rassurer» les Français pour éviter de devoir «faire passer les réformes» dans la douleur.
Si le réformisme de Macron est moins diaphane que celui de Hollande, c'est qu'il s'agit d'un hollandisme aux grands pieds. Car enfin la réalité est brutale: alors qu'il a sans doute déjà épuisé l'essentiel de son capital politique conféré par l'élan de son élection, Macron n'a lancé aucune des réformes profondes qu'exige l'économie française. Le cruel parallèle avec ses prédécesseurs socialistes s'impose de lui-même. Comme en 1988 pour Rocard, comme en 2000 pour Jospin, comme en 2016 pour Hollande, Macron renonce à réformer en profondeur lorsque la croissance est bonne. Le retournement conjoncturel qui ne manquera pas d'advenir n'en sera que plus tragique pour la France, et, croyons-nous, pour la zone euro.
Si le réformisme de Macron est moins diaphane que celui de Hollande, c'est qu'il s'agit d'un hollandisme aux grands pieds.
Redisons-le, il y a toujours le feu à la maison France. Il faut agir d'urgence, en profondeur, sur trois fronts.
La compétitivité, d'abord. L'hémorragie industrielle est - dit-on - stoppée, mais pour rebondir, l'appareil productif a besoin de davantage d'allégements de charges. L'augmentation de la CSG cette année y contribuera modestement. Le gouvernement lui-même l'admet, lorsque le Premier ministre nous indique vouloir mettre en œuvre des allégements supplémentaires «dès lors que l'état des finances publiques le permettra».

Sur les finances publiques ensuite, dont la remise en ordre est la mère de toutes les batailles, tout reste à faire. Avec le budget 2018, Macron a jeté toutes ses cartes sur l'allégement fiscal en faveur des revenus du capital. C'est un faible pas dans le bon sens. Mais la vraie question n'est pas là: il s'agit de diminuer la dépense publique, d'État, territoriale et sociale! Sur cet aspect, rien, ou si peu, n'est fait. Le déficit budgétaire ne baissera donc que modestement. Est-ce bien raisonnable de considérer comme une grande victoire un déficit budgétaire juste à la limite des 3 % du PIB en 2018 alors que l'économie est en haut de cycle? C'est, une fois de plus, faire porter un grave risque aux finances publiques lorsque les taux d'intérêt finiront par remonter et la conjoncture par se retourner.
Face à la réduction nécessaire de la dépense publique, Macron reste au pied du mur.

La nouvelle «RGPP» ne donnera probablement pas de meilleurs résultats que celle menée sous Sarkozy. Car tout laisse à penser que l'actuel président n'affrontera pas la fonction publique. Il l'a dit en décembre: les réformes sont faites, il s'agit maintenant d'en récolter les fruits. Comment, avec un tel discours, justifier une «transformation» (réelle, pour le coup), de l'État, des collectivités locales et des administrations sociales?
Le chômage, sans réformes puissantes, ne peut baisser que marginalement dans notre pays.

L'emploi, enfin. Macron prétend avoir résolu le problème avec ses ordonnances «travail». Il espère surtout profiter de la reprise conjoncturelle pour afficher de belles statistiques de baisse du chômage. Ses réformes, pourtant, sont bien éloignées du «standard» européen en termes de décentralisation de la négociation salariale ou de flexibilisation des conditions d'emploi. Elles ne contribueront donc pas à changer fondamentalement la donne sur le marché du travail. Un rapport récent l'a courageusement prouvé: en France, le SMIC reste un frein majeur à l'équilibre du marché du travail et son mode d'indexation contribue toujours à faire croître le coût du travail plus rapidement que la productivité. Le gouvernement a préféré ignorer le sujet. Pourtant, les faits sont têtus: le taux de chômage naturel de l'économie française, résultat de trente années d'erreurs économiques, tangente les 9 %, alors qu'il est de l'ordre de 4 % au Royaume-Uni et en Allemagne. Le chômage, sans réformes puissantes, ne peut donc baisser que marginalement dans notre pays.
Finalement, après quelques années de bonne conjoncture portée par l'international, un gouvernement trop timide face à des réformes «impopulaires» ne peut qu'être tôt ou tard confronté à un retournement brutal. Aucun des déséquilibres majeurs dont souffre notre appareil productif n'aura été traité. Le pays reprendra le chemin du déclin. Une fois encore.
À moins, et il n'est pas trop tard, qu'Emmanuel Macron se décide enfin à prendre la mesure du problème.

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