Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Patrick Pichenel

SERVIR WITTENHEIM

C'est une réalité , les personnes âgées sont dévalorisées !!!

"En France, les personnes âgées sont minorées, dévalorisées, invisibilisées"

TRIBUNE. Dans un courrier, les professionnels de l'aide aux personnes âgées interpellent Emmanuel Macron sur leurs conditions de travail.

Par Henri Rouillier | Modifié à 13h10
La semaine dernière, une intersyndicale un peu particulière a pris la plume pour s’adresser au président de la République. L’AD-PA (l’Association des directeurs au service des personnes âgées) s’est alliée aux branches santé de la CFDT, la CFTC, la CGT, FO et l’UNSA pour dénoncer unanimement "le retard de la France dans l’aide aux personnes âgées, tant à domicile qu’en établissement".

Parmi les causes de ce malaise, identifiées par le rassemblement, on retrouve le mauvais état de santé des personnes âgées au moment où elles entrent en établissement, l’épuisement des professionnels de santé ou encore le gel des contrats aidés. Pascal Champvert, président de l’AD-PA et directeur d’établissements et services à domicile dans le Val-de-Marne, explique à "l’Obs" l’urgence de la situation :

La suite après cette publicité

"Cette mobilisation s’inscrit dans la continuité de ce qui s’est passé à Foucherans (Jura) cet été. Les aides-soignantes de la maison de retraite des Opalines ont mené une grève de 117 jours, pendant laquelle elles ont dénoncé leurs conditions de travail : stress extrême, manque de personnel, timings serrés et manque de reconnaissance.

Hausse des accidents du travail
Après cette grève, l’Assemblée nationale a décidé de lancer une mission d’enquête rapide sur la situation des Ehpad. Les conclusions qui ont été rendues en septembre dernier par les députés sont accablantes, notamment en ce qui concerne la situation des aides-soignantes. Par ailleurs, nous disposons aujourd’hui de statistiques récentes produites par la Caisse nationale d’assurance maladie. Dans le secteur de l’aide et des services à la personne, l’indice de fréquence des accidents du travail est trois fois supérieur à celui des autres secteurs confondus. Par ailleurs, sa sinistralité a augmenté de près de 45% en dix ans, quand elle n’a cessé de baisser ailleurs.

Vous aimez cet article ?
Inscrivez-vous à la Newsletter de l'Obs
×
S'inscrire
Cette situation alarmante justifie qu’aujourd’hui, des syndicats qui partagent traditionnellement des visions très différentes, se rassemblent.

Tandis que le discours politique consacre la baisse des moyens alloués aux établissements, les personnels sont contraints d’exécuter leurs tâches à une cadence plus que problématique. "On a 3 min 41 pour coucher un patient", expliquaient les aides-soignantes des Opalines auprès du "Monde". Cette accumulation de tâches, ce manque de moyens, conduisent à des situations intolérables pour les salariés, les personnes âgées et leurs familles. C’est ainsi que le système, tel qu’il existe, génère de la maltraitance.

On a le sentiment que l'État est sourd
Face aux constats produits par la mission de l’Assemblée nationale et aux statistiques de la Cnam, le gouvernement répond par le gel des contrats aidés, dont nous avons pourtant besoin. Professionnels de santé, nous avons donc le sentiment que l’État est sourd aux drames que l’on expose. C’est pour cela que nous avons décidé non seulement d’écrire au président de la République, mais surtout de rendre ce courrier public.

Entre ce que nous demandons et ce que les pouvoirs publics déclarent, il y a un continuum. Aujourd’hui, si l’on veut schématiser, une maison de retraite est financée à hauteur de 60% par les personnes âgées résidentes et leurs familles. 30% sont versés par l’Assurance maladie. Les 10% restants sont alloués par le département. Ce que nous demandons, nous, c’est de faire baisser le coût assumé par les résidents et leurs familles. Pourquoi ? Parce que quand l’intégralité de la retraite – parfois maigre – d’une personne âgée ne suffit pas à sa prise en charge, ce sont ses proches qui sont obligés de contracter des prêts. De son côté, l’État choisit de diminuer les fonds alloués à la prise en charge des personnes âgées. Ça ne peut pas marcher.

C’est ainsi que dans des établissements comme ceux que je dirige, où les salariés vont un peu moins mal qu’ailleurs parce qu’ils sont plus nombreux, il est prévu de diminuer le nombre de personnels. C’est un système de convergence à la baisse qui est complètement irrationnel.

Le problème s'étend aux soins à domicile
En tant que directeurs d’établissements d’hébergement, on ne veut pas cautionner ce que les pouvoirs publics nous obligent à faire avec les salariés et les résidents. On ne veut plus se retrouver entre le marteau et l’enclume, entre les pouvoirs publics qui rationnent les financements et les salariés qui se trouvent épuisés et déconsidérés.

Mais le problème ne se limite pas aux maisons de retraite. Notre lettre concerne l’ensemble du secteur, c’est-à-dire aussi les salariés qui s’occupent de l'aide aux personnes âgées.

En avril dernier, les fédérations et unions d’employeurs de la banche du maintien à domicile ont signé un avenant à la convention collective de la branche, visant à augmenter la valeur du point de 0,44%, soit 6 euros brut pour un salarié au Smic. En octobre, selon un communiqué de l’USB-Domicile, la Commission nationale d’agrément des accords collectifs de travail a rejeté cet avenant. C’est-à-dire qu’on est venu expliquer à des gens souvent embauchés en temps partiels contraints (donc ne touchant pas le Smic) qu’ils étaient déjà trop payés.

"Pôle emploi ne propose pas aux hommes de devenir garde d’enfants"
Le vrai problème, ce n’est pas ce cynisme qui transpire de ces faits, c’est que les pouvoirs publics ne s’intéressent pas assez aux personnes âgées, ni aux professionnels du secteur. La société française est profondément "âgiste" : les personnes âgées y sont minorées, dévalorisées, "invisibilisées". Pourquoi ? Parce qu’on n’a jamais vu des malades d’Alzheimer ou des hémiplégiques défiler dans la rue."

Pascal Champvert

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :