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Patrick Pichenel

SERVIR WITTENHEIM

Jean Checinski, un grand Historien du bassin potassique

Jean Checinski, le travail de fond du mineur historien

le 12/05/2014 à 05:00 Hervé de Chalendar Vu 57 fois

 

     
Jean Checinski dans le sous-sol de sa maison de Kingersheim. Sur la table, une tête sculptée rappelle son passé de mineur ; dans ses mains, une carte de Colmar au XVII e e siècle illustre sa passion pour l’histoire. Photo Thierry Gachon

Jean Checinski dans le sous-sol de sa maison de Kingersheim. Sur la table, une tête sculptée rappelle son passé de mineur ; dans ses mains, une carte de Colmar au XVII e e siècle illustre sa passion pour l’histoire. Photo Thierry Gachon

 

C’est l’historien amateur par excellence : humble et acharné, modeste et fier d’apporter sa contribution à la connaissance locale. Jean Checinski vient d’achever sa grande œuvre : un ensemble d’un millier de pages sur Kingersheim. Mais le travail n’est pas fini…

Ces milliers de pages ont une seule plume. Elle est tenue par Jean Checinski, 78 ans. Un historien amateur, et un amateur d’histoire. Un de ces curieux passionnés qui ne cessent d’allonger les racines d’une région comme l’Alsace. Il y a deux types d’historiens : la petite caste des universitaires, les intellectuels, les sachants, ceux qui savent prendre de la hauteur, remettre en perspective, décrypter d’emblée, analyser d’instinct ; et la petite foule des amateurs, ces infatigables chercheurs de terrain dont l’archive est le pain quotidien, qui amassent la matière sans forcément la trier, collectionnent les faits comme d’autres les timbres… Et chacun de ces groupes est utile à l’autre.

« Des attributs de toutes les races »

Jean Checinski est une nature plutôt heureuse et enthousiaste. Il est volontiers humble et modeste, il ne mégote pas son admiration pour ceux qui savent plus et écrivent mieux ; mais il est fier aussi, à juste titre. Fier d’appartenir à ce Bassin potassique, dont il traque le moindre secret. Fier d’être ancien mineur, même si, contrairement à son père, il n’a pas travaillé au fond, mais au jour, comme gestionnaire de matériels. « Mais marque bien que je suis mineur ! On était tous de la même famille… On a fait tourner l’économie de la France ! » Fier encore d’être autodidacte : « Pour l’histoire, je n’ai jamais fait d’université, de stages ou de formations. J’ai appris sur le tas, c’est venu comme ça. J’étais curieux, je voulais savoir les origines de Kingersheim, de Wittenheim, alors j’allais dans les archives. Quand on veut vraiment faire quelque chose, on y arrive. Je n’écris pas comme les savants, mais au moins, le lecteur, il me comprend… »

Jean n’a pas fait les études supérieures en histoire dont il aurait sans doute rêvé, mais il ne l’a jamais regretté, car le choix ne s’est jamais posé : il y a une soixantaine d’années, un fils de mineur devenait mineur, point à la ligne. Jean a eu quatre frères : ils ont suivi le même chemin en direction des sous-sols. Le père, François, était venu de Lodz, en Pologne, en 1924. « Il avait une vingtaine d’années. Il était paysan, et ici, après la guerre, on avait besoin de main-d’œuvre ». Il y a rencontré une autre émigrée polonaise. Le couple s’est installé en 1929 dans la cité Fernand-Anna : « Les maisons des cités étaient magnifiques ! Ils avaient l’eau courante, le tout-à-l’égout, l’électricité, alors qu’au village, on devait encore pomper l’eau… »

Papa Checinski va ensuite travailler dans les mines de fer de Lorraine, moins chaudes car moins profondes. Jean reste chez sa tante, à Fernand-Anna. Où il suit le parcours obligé. Il étudie à l’école des mines de Pulversheim, est apprenti dès ses 14 ans. Il complète son cursus en apprenant le dessin industriel à Mulhouse, ce qui ne lui sera pas inutile dans sa future carrière d’historien amateur. « Je garde un très bon souvenir des mines. Quand on dit qu’on était tous solidaires, c’est vrai ! Je retrouve encore mes camarades de promo de Pulversheim pour des gueuletons… »

Parallèlement aux mines, il se laisse donc guider par son côté curieux, commence à fréquenter les vieilleries, à collectionner les fers à repasser et les cartes postales (il en possède plus de 7 000, la plupart sur la Première guerre), s’intéresse à l’industrie textile, à la généalogie (sa conclusion, très humaniste : « J’ai des attributs de toutes les races » ), s’investit dans l’associatif : animateur à la Jeunesse ouvrière chrétienne, secouriste à la Croix-Rouge, courte présidence de l’Office municipal des sports, des arts et de la culture de Kingersheim…

Sa carrière d’historien amateur débute pour de bon après qu’il est élu au conseil municipal de cette même ville (1977-1983). « Comme il savait que j’aimais ça, le maire Marius Fischer m’a demandé si je pouvais écrire une page dans le bulletin. Après, j’en ai fait une deuxième, et une troisième… »

Oberlé, « l’initiateur »

Et puis est intervenu celui qu’il appelle son « initiateur » , celui à qui il ne veut surtout pas oublier de rendre hommage : Raymond Oberlé (1912-2007), ancien président de l’Académie d’Alsace et archiviste de Mulhouse. « Je l’ai rencontré vers 1985, en lui montrant les plans de l’Alsace dressés par Broutin au début XVIIIe , que j’avais photocopiés à Vienne. C’est lui qui est l’origine de mes publications : il me chargeait de travaux de recherches, il préfaçait mes livres. Il m’a mis le pied à l’étrier. Il a initié pas mal de passionnés d’histoire comme ça… Il était sévère, mais juste ».

Dans le même temps, Jean Checinski crée la Société d’histoire de Kingersheim, dont il assure la présidence jusqu’à la veille des années 2000. Aujourd’hui, l’amateur est devenu un spécialiste local multicartes : de Kingersheim, évidemment, mais aussi des deux guerres mondiales, de l’industrie textile, des mines de potasse…

Sa bibliographie compte sept ouvrages, en plus des articles et de bulletins. Pour le tome II de son Kingersheim, il a pris son temps : cinq ans à peu près, à raison d’environ six heures de labeur quotidiennes. « Tout ce que j’ai trouvé, je l’ai mis dans le livre ! Ça servira d’archives pour les suivants… » Et maintenant ? Il pense toujours travail, évidemment. Il envisage de dresser « l’état topographique » des communes du Haut-Rhin après la guerre de Trente Ans, grâce à ce fameux plan Broutin dont la découverte a signé sa véritable entrée dans l’histoire. « Ce qu’il y a de pire , philosophe-t-il, c’est de ne rien faire de sa vie. L’essentiel, c’est d’avoir un projet. Chacun doit servir à quelque chose… »

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