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René Monory, Yvon Bourges, Maurice Druon: trois hommes qui ont fait honneur à l’engagement politique nous ont quittés la semaine dernière. Leurs histoires personnelles et leurs caractères étaient certes profondément différents. Mais j’ai été également heureux de les approcher et de les connaître. Quelques moments partagés me reviennent en mémoire.
René Monory était ministre de l’Education Nationale en 1986 dans le gouvernement de Jacques Chirac dont j’étais ministre délégué chargé du Budget. J’aimais préparer avec lui les arbitrages budgétaires. Ce n’étaient pas, comme trop souvent, de pures batailles de chiffres, mais de vrais échanges sur l’évolution de notre système éducatif. Il en parlait avec simplicité et bon sens, avec coeur aussi. On le sentait sincèrement convaincu qu’il n’y a pas service public plus vital pour l’avenir d’une nation que celui de l’éducation. Il comprenait que nos enseignants avaient soif de reconnaissance et de considération… et qu’il fallait traduire ces bons sentiments en améliorations matérielles concrètes. Il n’avait pas de peine à m’en convaincre… et à m’arracher ainsi quelques fructueuses concessions.
La stature d’Yvon Bourges m’impressionnait. Gaulliste dès la résistance, si longtemps ministre du général et de ses successeurs , il incarnait, à mes yeux, le “compagnonnage” cher au coeur des militants des avatars successifs du parti gaulliste. Il mettait dans sa présidence de la région Bretagne la même détermination et le même sens du bien public que dans ses plus hautes fonctions nationales. Il venait en parler très simplement et très modestement au jeune secrétaire général du RPR que j’étais alors.
J’ai revu assez souvent Maurice Druon dans sa maison de Gironde. Il me surprenait par sa disponibilité à l’égard des responsables politiques locaux. Son passé de résistant, sa gloire
d’écrivain, les honneurs de l’Académie, rien de tout cela ne l’empêchait de monter sur les estrades pour apporter son soutien à nos candidats en réunion électorale. J’entends encore résonner sa
voie chaude, puissante, charmeuse dans la salle des fêtes de Libourne. En lui, aussi, simplicité et grandeur allaient de pair. J’ai été ému ce matin, quand, à l’occasion d’une inauguration
bordelaise, le président de séance s’est mis à réciter les premières strophes du Chant des partisans.
Alain Juppé