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Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 20:04
L'éditorial de Paul - Henri du Limbert  
 

Au plus fort de son combat contre Ségolène Royal, Martine Aubry mettait en garde contre un PS qui deviendrait «un parti de supporteurs». Visiblement, ce danger, si c'en était un, est écarté pour un bon moment. Qu'un petit millier de personnes seulement aient jugé utile d'aller écouter la première secrétaire, dimanche au Zénith, laisse rêveur. Le thème retenu par Martine Aubry aurait dû provoquer la mobilisation enthousiaste du «peuple de gauche», puisqu'il était question de libertés bafouées, de parole bâillonnée et de République en danger. En d'autres temps, on aurait refusé du monde et chacun serait rentré chez soi le cœur léger et l'âme gonflée d'espoir. Hélas, hélas, il a fallu se contenter d'une salle à moitié vide et, pis encore, à moitié convaincue…

Car les militants socialistes, qui ne sont pas idiots, ont bien compris que la ficelle de Martine Aubry est un peu grosse. Faute de pouvoir présenter un programme alternatif crédible, la première secrétaire se réfugie dans la politique du slogan. Présenter la France de Nicolas Sarkozy comme un quasi-État policier et affirmer que bientôt «il sera trop tard», c'est évidemment prendre les Français pour des benêts.

Manuel Valls, l'homme qui parle le mieux de son propre parti, déplore « le gauchisme infantile et l'antisarkozysme obsessionnel » du PS. Il a cruellement raison.

Avec Martine Aubry, on a l'impression fâcheuse d'être revenu au Parti socialiste non pas d'hier, mais d'avant-hier. Celui d'hier, c'est-à-dire celui de Lionel Jospin, avait par exemple mis en garde contre « l'angélisme » de la gauche en matière d'insécurité. C'était il y a douze ans et le discours du premier ministre avait été ressenti Rue de Solferino comme une petite révolution copernicienne. Lorsque Martine Aubry dénonce la politique de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité, c'est comme si elle oubliait la leçon de Lionel Jospin pour revenir aux années 1980. À l'époque, la gauche expliquait doctement qu'il ne fallait pas confondre l'insécurité et « le sentiment d'insécurité », argument dont le Front national a évidemment fait son miel deux décennies durant.

Ce qui a provoqué l'ascension de Ségolène Royal au sein du PS, c'était un ton nouveau et des arguments qui sortaient des sentiers battus de la Rue de Solferino. Avec Martine Aubry, on revient aux grands fondamentaux du Parti. Tout cela date terriblement et donne le sentiment fâcheux d'un parti politique qui n'en finit pas de tourner sur lui-même. Le phénomène dure depuis le cataclysme du 21 avril 2002 et pourrait se prolonger encore si les responsables socialistes continuent, par paresse intellectuelle, de croire ou de faire croire à de vieilles sornettes.

Quand Martine Aubry dénonçait le «partide supporteurs» de Ségolène Royal, elle l'opposait au «parti de militants», le vrai, l'authentique, le pur. Soit. Mais lorsque Royal réunit 4 000 personnes au Zénith, Aubry n'en rassemble que 1 000. Si elle n'y prend garde, le danger qui guette la première secrétaire, c'est que le PS reste un parti de militants, certes, mais un parti condamnéà vivoter très longtemps dans l'opposition.

 



Par Pichenel
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