Partager l'article ! Qu'est ce que ca veut dire, faire du social ?: Par Yves Kerdrel Jeudi soir le président de la République va s’exprimer à la té ...
Par Yves Kerdrel
Jeudi soir le président de la République va s’exprimer à la télévision, pour la première fois depuis l’éclatement de la crise financière et économique. Nicolas Sarkozy a
compris qu’il lui fallait reprendre la main après la manifestation du 29 janvier. Il a
également intégré que la France est un pays fragile. Et chaque « visiteur du soir » a le droit à son couplet sur cette nation décidément « bien difficile à diriger » . Lors de son intervention
télévisée, l’hôte de l’Élysée va donc tenter de « faire du social ». Avec d’autant plus de conviction qu’un récent sondage réalisé par la Fondation pour l’innovation politique a révélé que 55% des Français souhaitent que l’on concilie davantage la
réforme et le social.
Le problème, c’est que dans ce pays « régicide », les dirigeants ont tellement peur de la rue qu’ils finissent tous par « faire du social » comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. C’est ce qui a conduit la France à mener des politiques budgétaires déficitaires depuis trente ans, et à battre le record d’Europe des transferts sociaux. Plus d’un tiers de la richesse nationale est redistribué chaque année à nos concitoyens sous forme d’allocations, de primes, et autres revenus de solidarité. Le tout au nom d’un sacro-saint modèle social qui puise ses origines dans la Libération… à un moment où les communistes faisaient hélas la pluie et le beau temps.
Chacun sait « faire du social » à sa façon. L’entrepreneur qui prend soin des conditions de travail et de vie de ses salariés fait du social. Certains appellent cela de manière dédaigneuse « du paternalisme ». Le responsable d’une unité de profit qui gère au mieux la pyramide des âges et les compétences de ses troupes, afin que chacun s’épanouisse en fonction de ses talents, fait lui aussi du social. Le patron duCAC40, celui que la France entière considère comme un incapable, parce qu’il ajuste ses effectifs, et comme un brigand, car il perçoit une rémunération représentant 200 fois le SMIC, sait aussi « faire du social » lorsqu’il répartit une fraction de ses bénéfices à ses salariés, de manière à rétablir l’équilibre avec ce que reçoivent éventuellement les actionnaires.
Pour les syndicats, qui se sont autoproclamés comme les seuls protecteurs du mot « social », cet adjectif n’a malheureusement pas la même signification. Il rime avec argent, pouvoir d’achat, et feuille de paie. Et la France a eu des pouvoirs publics assez faibles et un patronat assez pleutre pour accepter pendant des années ce discours. Avec pour conséquence la hausse insensée du coût du travail en France et cette « fameuse préférence française pour le chômage » qui consistait à consacrer les maigres ressources disponibles pour les salariés aux dépens des jeunes ou des seniors.
Tout le problème qui se pose aujourd’hui à Nicolas Sarkozy, c’est de montrer que l’État peut « faire du social » sans remettre en cause sa volonté de réforme et qu’il peut panser certaines plaies ouvertes par la crise sans interférer dans les nécessaires programmes d’ajustements mis en place dans les entreprises. Le roi doit de nouveau guérir les écrouelles, mais sans dilapider un trésor royal, qui de toute manière ne contient plus un seul écu. Puisque cette année, comme en 1787, le déficit budgétaire représentera près de 30% du budget total de la nation… Cela
signifie que toute annonce d’une quelconque dépense supplémentaire serait une folie, alors que la France est un pays en état de faillite virtuelle. Toute mesure allant dans le sens d’une relance par la consommation serait aussi efficace qu’un coup d’épée dans l’eau. Toute facilité accordée sous une forme sonnante et trébuchante serait le signe désastreux que la France n’a pas rompu avec une politique d’assistanat aveugle, et de soumission à la rue.
Tout cela ne veut pas dire pour autant que le président de la République, qui croit dur comme fer au primat du politique sur l’économie, est condamné à l’immobilisme. Certains de ses conseillers lui ont préparé une kyrielle de mesures destinées à prendre en charge ceux qui souffrent le plus de cette crise. Ils ont ressorti du magasin des accessoires des paquets cadeaux qui seront payés à crédit par les générations suivantes. D’autres ont commencé à rédiger un deuxième plan de relance. Au cas où…
Mais l’idéal serait que Nicolas Sarkozy, à la manière de Barack Obama, relise les plus beaux écrits de Lincoln, et notamment son discours solennel prononcé devant le Congrès en 1860 : « Vous ne pouvez pas donner la force au faible en affaiblissant le fort. Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l’employeur. Vous ne pouvez pas encourager la fraternité humaine en encourageant la lutte des classes. Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche… Vous ne pouvez pas aider les hommes en faisant à leur place ce qu’ils devraient faire eux-mêmes. »
Faire du social aujourd’hui, recréer le lien intergénérationnel et assurer l’unité nationale pendant le passage de cette crise économique, c’est suivre à la
lettre ce programme de bon sens et aller à contre-courant de tout ce qui a été fait depuis trente ans pour anesthésier les Français. C’est pour assumer cette rupture que Nicolas Sarkozy a été
porté à la magistrature suprême. Surtout pas pour renouer avec les terribles démons de l’État-providence.