Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Patrick Pichenel

SERVIR WITTENHEIM

Gouverner , ce n'est pas insulter

Faute d’arguments, le gouvernement traite de racistes les Français inquiets des réformes Taubira et Belkacem. Curieux de la part de ceux qui promettaient de rassembler.

Nous vivons une époque formidable. Une époque où le combat de coqs remplace chaque jour le débat d’idées. Une époque où les insultes sont devenues monnaie courante dans la bouche de nos dirigeants. Une époque où, plutôt que de répondre aux inquiétudes des Français sur la réforme pénale ou sur celle du collège, on traite de racistes tous ceux qui émettent la moindre critique sous prétexte que la garde des Sceaux est d’origine guyanaise et que la ministre de l’Éducation est née au Maroc. Jean-Christophe Cambadélis a ainsi déclaré, la semaine dernière, que les attaques dont Najat Vallaud-Belkacem fait actuellement l’objet « sont légèrement xénophobes », avant d’affirmer que la ministre est attaquée « parce qu’elle s’appelle Belkacem ».

Au moment où Christiane Taubira défendait à l’Assemblée nationale le projet de loi sur le “mariage pour tous”, tous ceux qui regrettaient son sectarisme se faisaient traiter de racistes. Il n’y avait pas de débat sur le fond possible dès lors que l’origine de la garde des Sceaux était systématiquement mise en avant pour renvoyer aux heures les plus sombres de notre histoire ceux qui osaient interroger la ministre. Et il en est de même avec sa réforme pénale, qui vise à vider les prisons et à pratiquer une culture de l’excuse. Il n’y a pas moyen de débattre sous peine de se faire traiter de raciste primaire, viscéral et pathologique. Au risque même de voir les ténors de la gauche tomber dans l’outrance comme l’a fait Jean-Christophe Cambadélis en estimant que Najat Vallaud-Belkacem est attaquée comme Christiane Taubira l’était « pour sa couleur de peau ».

Tout cela n’est pas anecdotique, mais reflète au contraire l’état d’esprit d’une gauche sectaire qui perd les pédales et préfère manier la calomnie plutôt qu’argumenter. Comme le disait Fénelon, il y a plus de trois siècles : « Les injures sont les raisons de ceux qui ont tort. » Et c’est pour cela que Manuel Valls veut aller encore plus loin en faisant entrer dans le champ du code pénal — et non plus du code civil — les opinions, les reportages ou les commentaires susceptibles de dénoncer les agissements d’une partie de la population en raison de sa religion ou de son origine. Si lui-même est allé très loin dans les attaques contre les Roms en raison de leurs occupations illégales de terrains privés, aujourd’hui, quiconque dénoncerait à son tour de tels agissements serait renvoyé en correctionnelle.

Telle est donc la France aujourd’hui. Si vous critiquez la réforme du collège, c’est que vous êtes xénophobe. Si vous vous inquiétez de la réforme pénale, c’est que vous êtes raciste. Si vous trouvez curieux que les tribunaux accordent l’état civil aux enfants nés par GPA, c’est que vous êtes homophobe. Si vous exprimez de légitimes préoccupations face à l’arrivée en masse de migrants, c’est que vous n’avez pas de coeur. Si vous vous indignez des 800 millions d’euros dépensés chaque année en faveur des clandestins dans le cadre de l’aide médicale de l’État, c’est que vous oubliez que la France est le phare de l’humanité. Si vous trouvez anormal que l’on n’oblige pas les chômeurs à répondre aux 400 000 offres d’emploi en déshérence, c’est que vous êtes un nanti, voire un bourgeois. Si, enfin, vous êtes tenté par l’exil fiscal, parce que l’ISF vous oblige à liquider chaque année une partie de votre épargne, vous serez qualifié de “minable” par le premier ministre.

Ce qui est curieux, c’est de voir à quel point les Français se font manipuler par cette fausse dialectique. Lorsque Rachida Dati était vivement critiquée pour sa réforme de la carte judiciaire, pas une fois elle n’a eu l’impudeur de mettre en avant ses origines. Lorsque Rama Yade était vilipendée par les socialistes, jamais elle n’a évoqué un quelconque racisme. Lorsque Fadela Amara était traînée dans la boue pour avoir mis son énergie au service de Nicolas Sarkozy, jamais elle n’est tombée dans le piège de ces insultes à la petite semaine. Chacun se souvient que François Hollande voulait, il y a trois ans, être le président du rassemblement. Et voilà que la France a tellement divorcé d’avec elle-même que les débats politiques sont devenus des échanges de noms d’oiseaux et que les intellectuels sont humiliés à longueur de journée parce qu’ils osent critiquer la gauche. Oui, après trois ans de socialisme, la France n’est pas seulement divisée, elle est à bout de nerfs. « Si je suis un sot, on me tolère ; si j’ai raison, on m’injurie », disait Goethe. Faute d’arriver à obtenir des résultats ou à retrouver un minimum de popularité, nos gouvernants se réfugient derrière le paravent du racisme ou de la discrimination. Ce qui n’est rien d’autre que le début de la tyrannie.

kerdrel@valmonde.fr@YdeKerdrel

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :