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Patrick Pichenel

SERVIR WITTENHEIM

L'indécence des incohérences par Thiérry Désjardins

~~La Loi Macron n’a pas été adoptée mais le gouvernement n’a pas été renversé ce qui fait que… la Loi Macron a été adoptée. Mieux encore, la plupart des parlementaires reconnaissent que cette Loi Macron (qui n’est qu’un tout petit pas, dérisoire, vers le bon sens) n’est pas si mauvaise mais ils s’y sont pourtant opposés alors qu’ils sont nombreux à trouver que ce gouvernement Valls a fait son temps mais ils l’ont pourtant plébiscité. En clair, les socialistes détestent viscéralement Valls, Macron et leur politique mais aimeraient bien s’accrocher à leurs sièges encore deux ans alors que la droite qui apprécie les efforts du Premier ministre et de son ministre de l’Economie ne peut bien évidemment pas leur donner le moindre blanc-seing. Tout cela est parfaitement incohérent, voire indécent mais totalement… logique. Il ne faudra donc pas s’étonner si un certain nombre d’électeurs –disons 40%- préfèrent s’abstenir et aller pêcher la sardine le 22 mars prochain (jour du premier tour des élections départementales) et si quelques autres (mettons 25 ou 30% des votants) choisissent des candidats du Front National. Nos éditorialistes patentés (ceux qui se sont toujours trompés) nous affirment péremptoirement, ce matin, que « les lignes sont en train de bouger » et qu’on assiste à l’émergence d’un monstre aux allures de pieuvre qui, au coeur de l’hémicycle, absorberait la droite… de la gauche, le centre… du centre et la gauche… de la droite, ne laissant plus que, d’un côté, Mélenchon et ses amis frondeurs, boudeurs, grincheux et révolutionnaires, et, de l’autre, Sarkozy et Marine Le Pen se livrant à la plus étonnante des surenchères. Ce serait évidemment le rêve absolu de François Hollande, la star du compromis et de toutes les compromissions, le Vatel de toutes les ratatouilles et ragougnasses politicardes, le Monsieur Jourdain qui fait du libéralisme sans le savoir et du socialisme sans le dire. Mais croire que la confusion des genres, la mixité des idéologies, le mélange des politiques pourraient sauver la France et la sortir de toutes ses crises politique, économique, sociale et de confiance est, bien sûr, absurde. Cela amuse, peut-être, nos spécialistes mais cela ne peut que dégoûter davantage encore les Français de cette faune politique qui voudrait assurer sa survie en créant quelques nouveaux monstres. En fait, cette crise politique fondamentale qui vient d’éclater au grand jour a été provoquée par ce qu’il faut bien appeler « la trahison » de François Hollande. Elu sur un programme radicalement de gauche, l’ancien premier secrétaire du PS, ennemi de la finance, a dû, à peine installé au pouvoir, constaté qu’il avait toujours « eu tout faux », que le socialisme, la gauche, Jaurès, Blum et compagnie s’étaient toujours trompés. Bien sûr, il ne pouvait pas le proclamer ni avouer qu’il avait, sans doute de bonne foi, roulé ses électeurs dans la farine en leur racontant les pires sornettes, pimentées de quelques balivernes. Alors il a préféré les trahir en nommant le « social-traitre de service », Manuel Valls, à Matignon, puis, en faisant venir de la banque la plus caricaturale du pays un petit génie de la finance honnie, Emmanuel Macron. Connaissant les socialistes mieux que personne, il savait qu’ils tousseraient un peu mais que le troupeau continuerait à marcher au pas, comme on va à l’abattoir, la fleur au fusil. N’ayant jamais discuté du bout de gras avec les autres, il s’imaginait qu’il finirait bien par les séduire si ce n’est les charmer. Et on est là. Un gouvernement de gauche qui trahit ses électeurs en se trahissant lui-même. Une opposition de droite qui, bien que n’ayant pour l’instant personne à se mettre sous la dent, ne peut tout de même pas se rallier à l’ennemi sous peine, bien sûr, de perdre, elle aussi, ses électeurs. C’est ce qui s’appelle « une crise de régime ». Le président de la République est rejeté par l’écrasante majorité des Français, son Premier ministre est désavoué par la majorité des parlementaires et ne sauve pitoyablement sa peau qu’en brandissant la menace d’une dissolution. Jamais un pouvoir n’a été aussi fictif, aussi illégitime. Seules des institutions qu’on ne peut plus désormais que contester vont lui permettre de se maintenir en apesanteur encore quelques mois mais il a perdu bras et jambes et ne pourra plus rien faire. Sa chance dans son malheur c’est, sans doute, qu’en face la troupe (plus théâtrale que militaire) soit tout aussi en guenilles. Sarkozy est à bout de souffle avant même d’avoir entonné le Chant du Départ, Juppé ne tient plus vraiment droit dans ses bottes et semble même avoir mis ses deux pieds dans le même sabot et les autres, les jeunots, les gamins, confondent encore la cour des grands qui conduit au pouvoir avec la cour de récréation dans laquelle on se fait des niches. Tout cela, cette médiocrité, des incohérences, ces trahisons, n’aurait strictement aucun importance s’il ne s’agissait pas –mais visiblement tout le monde s’en fout- de l’avenir immédiat de la France qui coule, qui sombre, qui se noie désespérément .

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