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Patrick Pichenel

SERVIR WITTENHEIM

Hollande se croit-il soudain tout permis

~~« Pas de temps à perdre ni de risques à prendre » c’est en ces termes stupéfiants que le président de la République a osé expliquer, au cours du Conseil des ministres d’hier, sa décision d’avoir recours à l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer (en force) la loi Macron. C’est totalement sidérant ! « Pas de temps à perdre », dit-il ! Mais cela fait plus de deux ans et demi que François Hollande fait perdre un temps terriblement précieux à la France en ne faisant strictement rien de sérieux alors que le pays continue à sombrer désespérément dans le gouffre. Et personne ne peut croire une seule seconde que cette loi Macron va sauver la France en permettant aux magasins d’ouvrir quelques dimanches de plus par an, et aux chauffeurs d’autocar de concurrencer les trains. Alors que cela fait vraiment plus de deux ans et demi que les Français attendent, avec une impatience qu’ils commencent à ne plus pouvoir dissimuler, tout autre chose. Tout simplement que François Hollande respecte (au moins un peu) toutes les promesses qu’il nous avait fait miroiter pendant sa campagne et qu’il tienne ses engagements (au moins quelques-uns). Il nous avait promis d’inverser, sans perdre de temps, la courbe du chômage, de réduire, sans perdre de temps, les prélèvements obligatoires, de réduire, toujours sans perdre de temps, les déficits et la dette. Il s’était engagé à procéder, sans perdre de temps, à une grande réforme de la fiscalité pour la simplifier et la rendre plus juste. Il avait laissé entendre qu’il s’attaquerait, très vite, au Code du Travail. Or, nous n’avons, sur tous ces sujets essentiels, rien vu venir et nous attendons encore. Il ne nous parle plus de la courbe du chômage, nous nous apercevons, tous, que nos impôts augmentent de trimestre en trimestre et, pour ce qui est des déficits et de la dette, il se contente, désormais, d’envoyer ses sbires à Bruxelles pour qu’ils supplient respectueusement la Commission européenne d’accorder à la France encore des délais supplémentaires. Et ne parlons pas de la croissance qu’il « sentait » revenir. « Pas de risques à prendre », dit-il ! Mais dans quel pays sommes nous ? Le « risque » en question qu’il n’a pas voulu prendre ce n’est rien d’autre qu’un vote de l’Assemblée nationale. Dans une démocratie digne de ce nom, le vote des « élus du peuple » n’est jamais considéré comme « un risque » ou « un danger » mais comme une obligation. Hollande et Valls se servent de l’article 49 de la Constitution. C’est, évidemment, leur droit. Il est cependant bien dommage qu’ils n’aient pas voulu aller jusqu’à l’article suivant, l’article 50, qui précise : «Lorsque l’Assemblée nationale (…) désapprouve le programme (…) du gouvernement, le Premier ministre doit remettre au président de la République la démission de son gouvernement ». Certes, on peut jouer sur les mots, comme le font si bien tous les constitutionnalistes. A leurs yeux, il y a une nuance fondamentale entre « ne pas approuver », ce qui a été visiblement le cas pour la Loi Macron, et « désapprouver » ce qui serait le cas, bien improbable, si la motion de censure déposée par l’UMP et l’UDI était votée demain. Comment un président de la République peut-il nous déclarer froidement à propos d’une loi qu’il nous a présentée comme LA Loi essentielle, voire fondamentale de son quinquennat : « Vos élus n’en veulent pas, je m’en fiche, je ne prends pas de risque avec la démocratie et je passe par-dessus en m’asseyant sur le Parlement » ? Il est vrai qu’un certain nombre de ses prédécesseurs avaient eu recours à ce fameux article 49.3 et parfois même en avaient abusé, mais François Hollande, lui-même, s’était alors, avec raison, toujours indigné contre cette pratique (du moins quand c’était la droite qui était au pouvoir). A-t-il été grisé par les manifestations qu’il a savamment organisées au lendemain de la tuerie de Charlie-Hebdo et de l’épicerie cachère de la Porte de Vincennes et serait-il dupe lui-même de cette Union nationale qu’il a proclamée au point de se croire soudain tout permis ? C’est bien possible. Il faudra sans doute attendre jusqu’aux élections départementales, dans un mois, pour qu’il se réveille brusquement et retombe brutalement sur ses pieds… Jusques à quand, Hollande, abuseras-tu de notre patience ?

Thierry Desjardins

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